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C’est l’heure de la rentrée aussi pour InterCambio!

Hola a los amigos y a las amigas,

Déjà un mois que nous sommes revenues du Guatemala et on en a encore plein les yeux et plein la tête… Comment décrire ce mois passé à l’autre bout du monde ? Certaines émotions et pensées sont encore indicibles, tant il est difficile de trouver les mots pour les écrire justement.

Nous nous attendions certainement à ce que nos idées préconçues soient remises en cause, à ce que nos codes culturels soient bousculés, à ce que nous puissions apprendre des choses drastiquement différentes… Mais, nous ne nous attendions pas à une telle gifle culturelle, humaine et intellectuelle… et, sans doute aussi, émotionnelle.

On espère avoir réussi à retranscrire nos impressions au fur et à mesure du projet, au travers de ce blog. Des milliers de mercis à ceux qui l’ont lu avec (ou sans) assiduité et qui l’ont apprécié. Merci aussi pour les nombreux retours extrêmement positifs que nous avons eus ; ils nous ont encouragées et motivées, tout au long de ce voyage et encore aujourd’hui.

Désormais, il est temps de penser aux mois à venir…

C’est l’heure de la rentrée aussi pour l’équipe d’InterCambio, et nous entrons dans une nouvelle phase du projet, à savoir la restitution de tout ce que nous avons vu au cours des derniers mois. Cette restitution va prendre des formes différentes.

Tout d’abord, nous allons réaliser un documentaire mettant en exergue les difficultés d’accès à la santé auxquelles sont confrontées les femmes mayas au Guatemala. Ce documentaire sera projeté lors de soirées que nous organiserons et dont on vous donnera les dates!

Nous allons également organiser des expositions à Paris et à Lyon. Nous y afficherons des clichés photographiques, diffuserons des musiques locales, mettrons en place des activités interactives (olfactives, visuelles et sonores) afin d’amener les spectateurs à développer une réflexion sur la marginalisation, le respect des droits humains et les parallèles que l’on peut faire entre les différents pays du monde. De nombreux thèmes seront abordés : la/les culture(s), l’éducation, la citoyenneté nationale, la solidarité internationale, la/les différence(s), l’égalité, la justice, le sexisme, la marginalisation, etc.

Enfin, nous avons commencé pendant le mois d’août la rédaction d’un petit livre, que nous espérons publier d’ici la fin de l’année. Ce dernier propose une vision historique, politique et sociale de la question des peuples Mayas au Guatemala!

Évidemment, nous continuerons à vous envoyer les updates de tous nos évènements et actualiserons le site afin que vous continuiez de nous suivre.

En termes d’organisation précise, voici comment nous comptons découper les mois à venir:

De septembre à décembre 2017 :

  • Montage du documentaire
  • Organisation des expositions

De Janvier à Juin 2018 :

  • Diffusion du documentaire. Nous négocions actuellement des partenariats avec différents cinémas parisiens et lyonnais. Des diffusions seront également faites dans les universités de Lyon 2, Sciences Po Lyon, Paris X, Paris II-Assas et Berkeley (Californie). Nous prévoyons aussi une diffusion à la Maison des Femmes de Paris. Si vous connaissez des lieux qui seraient susceptibles d’être intéressés par la diffusion de ce documentaire, n’hésitez pas à nous contacter (intercambio.projet@gmail.com)
  • Expositions à Paris et à Lyon (lieux à définir)
  • Organisation de Café-débats: Réunion en petit comité d’une vingtaine de personnes pour partager -autour d’un café et d’une madeleine… ou autre- avec différents intervenants en lien avec le droit des minorités.

La nouvelles utilisation de ce blog: 

En entrant dans cette nouvelle phase, ce blog lui-même va changer de visage ! Nous vous encourageons à continuer de le consulter car c’est désormais ici que nous publierons les dates et lieux de nos événements à venir ainsi qu’un petit court-métrage, comme avant-goût du documentaire qui sera diffusé en janvier !

À très vite!

>> STAY TUNNED <<

 

Jour 25 – ¡ Tantos Regalos !

Une fois de plus, nous commençons notre programme dominical aux aurores ! Nous souhaitons nous imprégner une dernière fois de l’ambiance du marché et tourner quelques plans pour notre documentaire de ce moment symptomatique de la vie à Tecpán. Toutefois, aujourd’hui n’est pas un dimanche comme les autres dans la petite ville du département de Chimaltenango: une grande course de vélo a transformé la place centrale de la ville, sur laquelle se tient d’habitude une partie du marché. Des stands de produits et de marques sportives se superposent autour d’une grande scène, sur laquelle d’énormes enceintes sont disposées. Venus des quatre coins du pays, les cyclistes franchissent un à un la ligne d’arrivée, tandis que certains des habitants de Tecpán regardent de loin ce qu’il se trame dans leur ville. L’ambiance est bien différente de celle des autres jours.

Nous nous échappons rapidement du centre et prenons la direction de ruelles plus éloignées, dans lesquelles a été délocalisé le marché. Nous nous promenons au cœur des différents stands, écoutons pour la dernière fois les vendeurs de fruits et légumes crier à tue-tête les offres de la journée… Après nous être présentées et avoir demandé leur accord, nous parvenons à filmer certaines femmes venues vendre les productions familiales de fruits et légumes sur le marché. Toutefois, à la différences des jours où nous travaillons avec Wuqu’Kawoq, il n’est pas toujours facile d’être légitimes dans une telle démarche. On doit se heurter au refus de plusieurs personnes qui préfèrent ne pas être filmées. Nous comprenons aisément une telle méfiance : à plusieurs reprises, nous avons vu dans les bâtiments publics des affiches de prévention concernant le trafic humain au Guatemala. Sur ces affiches, on y voit généralement un homme (en apparence occidental) qui souhaite prendre une femme et ses enfants en photo et un texte explicatif qui rappelle la réalité du trafic humain en Amérique Centrale – prostitution, trafic d’organes, mise en esclavage. Une fois la caméra rangée, nous continuons nos emplettes pour nos derniers jours à Tecpán. Avocats, ananas et cilantro achetés, nous pouvons rebrousser chemin et cuisiner nos victuailles pour le midi.

A peine le temps de finir de manger, et nous nous replongeons dans la liste des choses que nous devons faire, à moins de 48h du départ. Pendant qu’Eléa et Chorkin synchronisent l’ensemble de leurs vidéos et vérifient que tous les documents soient sauvegardés, Pénélope et Laura travaillent sur le programme des six prochains mois (on vous réserve les détails de tout ça pour le prochain article…). Un certain sentiment de nostalgie s’empare de nous, tour à tour…

Nous nous échappons alors quelques instants de la maison pour retrouver la maman d’Esperanza qui coud, à l’ombre, dans la cour fleurie de la maison. Assise contre le lavoir, elle joue de ses doigts, habiles mais fragiles, pour démêler une bobine de fil noir. Patiente et apaisée, elle nous montre ce qu’elle fait et nous regarde en souriant pendant de longs instants. Elle nous parle en Kaqchikel, mais nous avons du mal à comprendre. Pour pallier à la frustration de ne pouvoir saisir pleinement les maux de cette femme, nous nous lançons dans un dialogue intuitif, fait de gestes et de quelques mots clés en Espagnol. Au moment de la prendre en photo, elle se recoiffe, tresse ses longs cheveux autour de sa tête et esquisse un humble sourire.

Alors que le soleil commence à se cacher derrière les collines environnantes, Esperanza rentre du travail. La mère et la fille se dirigent dans la cuisine, pour commencer à préparer le diner du soir. « Mamicita », comme l’appelle Esperanza, est âgée de 82 ans. Elle est atteinte d’alzheimer : « ahora, soy la madre y ella es mi niña » (maintenant, je suis la mère et elle, c’est la fille!), nous dit Esperanza en rigolant.

« Mes vieilles années sont tristes », nous confie la mère d’Esperanza, alors que ses yeux se remplissent de larmes. Esperanza nous explique que les dernières années ont été difficiles pour sa maman, ainsi que toute la famille : le premier fils, un militaire, a été assassiné par le pouvoir politique il y a 6 ans; deux années plus tard, le second a été tué par un groupe de voleurs pour de l’argent; et il y a 6 mois, le père de la famille est décédé. Un silence emplit la cuisine, Esperanza et sa mère se regardent longuement. Les larmes qui coulent le long de leurs joues expriment la force et le courage de ces femmes, qui portent le poids de leurs histoires.

La sœur d’Esperanza, qui vit dans la maison juste à côté, nous rejoint à son tour dans la cuisine.

La vie reprend. Esperanza rallume le feu dans le poêle, tandis que sa sœur se lance dans la préparation de tamales. Elle malaxe dynamiquement la pâte à base de maïs préparée la veille, la roule et la découpe en morceaux qu’elle met dans des feuilles séchées. Elle les dispose ensuite dans une grande casserole chauffée par les flammes du poêle, avant de les arroser d’eau. C’est un plat traditionnel, nous explique-t-elle. Alors que les tamales cuisent, elle nous parle volontiers de sa vie quotidienne à Tecpán. Elle travaille deux jours par semaine et, le reste du temps, elle tisse afin de payer l’école et les études pour ses enfants. Une de ses filles est atteinte de troubles nerveux et fait régulièrement des crises d’épilepsie. Elle a dû arrêter l’école il y a 5 ans, car elle ne pouvait plus rester concentrée assez longtemps. Elle a aujourd’hui 20 ans et aide sa mère à la maison.

Après cette après-midi passée auprès de la famille d’Esperanza, nous revenons chez nous et nous activons à la préparation de nos valises… Voilà seulement 5 minutes que la porte est fermée, quand nous entendons sonner. C’est notre amie Esperanza – pas notre hôte, mais celle avec qui nous sommes allées au mariage et à Antigua ! Elle est venue nous apporter des biscuits encore chauds, pour nous souhaiter un bon retour en France. Une telle attention nous a vraiment touchées !

A peine le temps de commencer à cuisiner que c’est notre hôte, Esperanza, qui vient sonner à son tour : « Chicas ! Chicas ! ». Nous lui ouvrons la porte et elle nous tend une assiette avec une « tortilla española » ainsi que les fameux tamales ! Nous passerons à table plus vite que prévu…

Une vingtaine de minutes plus tard, nous entendons toquer une nouvelle fois. C’est la sœur d’Esperanza qui vient nous rejoindre pour nous offrir quatre torchons à tortillas, qu’elle a cousus à la main. « C’est pour vous remercier d’être venues et d’avoir partagé de votre temps avec nous. J’aurais aimé passer plus de temps avec vous, mais je devais travailler. Merci et rentrez bien. Faites attention à vous !» nous dit-elle avec un voix douce et émue. Elle prend le bras de chacune d’entre nous et nous embrasse : c’est comme ça que se font les salutations au Guatemala. Il est difficile de décrire les innombrables émotions qui nous ont traversées à ce moment précis… La reconnaissance extrême pour l’accueil et la gentillesse de toutes les personnes que nous avons rencontrées ; la tristesse de quitter la petite ville de Tecpán et ses habitants ; et, l’admiration face à l’humilité, la force et le courage de toutes les femmes avec qui nous avons travaillé et de qui nous avons tant appris jusque-là… Nous irons dès demain acheter des fleurs et des cartes pour remercier notre hôte, sa sœur et sa maman pour tant de partage et de gentillesse.

Jour 24 – De retour au Lac Atitlán…

J-3 avant de reprendre l’avion en direction de la France… Du coup, à l’occasion de notre dernier samedi au Guatemala, nous décidons de retourner au bord du lac d’Atitlán… (Vous l’aviez sûrement déjà compris dans l’article de la semaine dernière, mais on a adoréééé cet endroit!) Même voiture, même chauffeur, nous voilà reparties pour un tour !

Après deux heures de route, nous arrivons à destination, sous un soleil éclatant. (On apprendra plus tard dans la journée que la petite bourgade de Tecpán est réputée pour sa météo capricieuse, tandis que sur le reste des terres guatémaltèques, les thermomètres affichent plusieurs degrés de plus…)

A peine arrivées, nous nous dirigeons vers les pontons où se prennent les transports publics locaux. Nous assistons à un balai incessant de bateaux qui arrivent, se déchargent, se rechargent et repartent ! Pas de salsa, ni de marimba sur le port, seulement ces refrains vendeurs, chantés par des hommes qui courent d’une rue à l’autre pour attirer les touristes : « 25 Quetzales pour toutes les destinations ! 25 Quetzales ! 25 Quetzales ! ». Cette fois-ci, nous prenons le bateau en direction de Santa Catarina, qui se situe à l’exact opposé de San Pedro, le village que nous avions visité la semaine dernière. Cette opposition est loin d’être seulement géographique : alors que San Pedro est très touristique et « branché », Santa Catarina est bien plus paisible et moins fréquentée des touristes. Nous avons beaucoup de chance aujourd’hui car la météo est clémente (il faut comprendre : le voyage se fait sans secousses, contrairement à la semaine passée).

À Santa Catarina, un sentiment de sérénité nous envahit. Nous déambulons dans les ruelles ensoleillées, au rythme des chants religieux qui se propagent depuis la place de l’Eglise. Nous nous lançons dans une petite marche sur les hauteurs de la ville… Toujours la caméra à la main et prêtes à trouver les plus beaux plans pour le documentaire, nous grimpons jusqu’à ce que la route se détache du flan de la colline, afin de profiter d’un panorama saisissant. Santa Catarina s’étale sur les reliefs opposés. Depuis les hauteurs, les maisons colorées semblent construites les unes sur les autres, formant un tapis coloré et mu par l’activité quotidienne de ses habitants. Le village regarde le lac et ses trois volcans. Nous restons un long moment à contempler cette vue, à travers nos objectifs de caméras d’abord et de nos propres yeux ensuite…

Nous retournons vers les rives du lac, pour une balade – cette fois-ci horizontale – en direction des sources chaudes dont Don Cesar nous a parlé. Nous trouvons un petit recoin ombragé où nous décidons de nous assoir un peu. A côté de nous, une famille se baigne et profite de la chaleur des sources. Un peu plus loin, une mère et ses six enfants sont venus faire la lessive de toute la famille dans le lac. Tandis que les vêtements propres s’entassent sur un rocher, les enfants jouent avec des t-shirts qu’ils utilisent comme des épuisettes. Leurs rires éclatants se propagent jusqu’à nous, tandis que le sourire de leur mère semble figer l’instant.

A l’heure du repas, nous reprenons la direction de Panajachel. En chemin, nous tombons sur un petit restaurant dont la façade attire notre regard : dessins et fleurs se partagent la toile. Nous découvrons une arrière-cour ombragée, meublée de tables bleues et vertes. Un léger vent traverse les lieux et font flotter des guirlandes de tissu coloré. Au menu ce midi, des burritos et des légumes croquants parfaitement cuisinés… Un régal !

Rapidement, arrive l’heure du shopping pour certaines (surtout l’une d’entre nous, vous la reconnaîtrez sûrement !), tandis que les autres se prélassent au soleil une glace à la main (vous les reconnaîtrez aussi !). Il ne reste déjà plus qu’une heure avant de reprendre la direction de Tecpán… Nous nous rendons sur une petite place isolée de l’agitation du reste de la ville. Allongées au soleil, nous prenons le temps de figer dans non mémoire les images de ce paysage que nous ne reverrons pas de sitôt…

Il est déjà l’heure de rentrer à Tecpán… Et de se replonger dans nos « to-do lists » sans fin (à la différence des glaces et du shopping, vous nous reconnaitrez sûrement toutes sur ce dernier point !)…

Jour 23 – Portrait d’une militante Maya, Rigoberta Menchú

En ce jour pluvieux donc studieux, nous restons dans les bureaux de Wuqu’Kawoq afin de traduire les entretiens que nous avons eus en Kaqchikel et gérer les derniers impératifs du projet sur place (hé oui, le retour approche…). Du coup, à quelques jours de quitter le Guatemala, on avait envie de vous parler de Rigoberta Menchú, une femme exemplaire qui a inspiré notre démarche documentaire.

En 1992, à peine âgée de 33 ans, Rigoberta Menchú reçoit le prix Nobel de la paix, alors que la guerre civile et le génocide perpétré envers les populations Mayas commencent à prendre fin. Ce prix lui est dédié en reconnaissance de son ouvrage paru en 1983, Moi, Rigoberta Menchú, qui met en exergue l’importance de la réconciliation ethno-culturelle au Guatemala pour le respect des droits des peuples autochtones.

Rigoberta Menchú est une femme Maya qui a grandi dans les communautés rurales du pays. Dès l’âge de 5 ans, elle commence à travailler dans les champs pour aider sa famille à subvenir à ses besoins. Elle n’a pas eu l’opportunité d’aller à l’école et c’est une fois adulte qu’elle commence à se politiser, prenant part aux discussions politiques entre les hommes de sa famille.  Elle veut dénoncer les crimes commis par les militaires guatémaltèques et les violations des droits humains qu’ils ont perpétrées. Durant la guerre civile, des villages entiers furent rasés, les maisons étaient brûlées, les récoltes se retrouvaient totalement détruites. L’armée dressait de longues listes de noms de jeunes veuves mayas, qui devaient rejoindre les camps des militaires. Ces femmes devenaient de véritables esclaves, devant faire la cuisine pour les soldats, laver leurs vêtements tout en subissant aussi de nombreux viols.

Ne sachant ni lire ni écrire, elle dicte, à partir d’entretiens, son ouvrage à Elizabeth Burgos, une auteure vénézuélienne qui prendra le temps de rédiger ce que Rigoberta Menchú a sur le cœur.

Malgré le manque d’opportunité et les difficultés à se faire reconnaitre personnellement, Rigoberta Menchú a dévoué sa vie à faire entendre les peuples Mayas du Guatemala. En  février 2007, elle fonde le parti politique WINAQ qui regroupe l’ensemble des mouvements Mayas de son pays. WINAQ vient de la langue K’iche et signifie “le peuple”. Elle se présente à l’élection présidentielle du mois de septembre de la même année. Cependant, elle se retrouve éliminée dès le premier tour ne recueillant que 3% des suffrages…

Rigoberta Menchú est aujourd’hui une figure exemplaire pour de nombreuses femmes Mayas au Guatemala. Différentes photos avec ses citations les plus connues sont d’ailleurs affichées sur les murs de Wuqu’Kawoq. La vie de cette femme offre une perspective poignante des difficultés concrètes auxquelles les communautés indigènes font face quotidiennement. A l’intersection entre luttes féministes et combats pour la reconnaissance des droits de populations indigènes, Rigoberta Menchú est devenue l’incarnation du militantisme en Amérique Centrale, et au-delà des frontières…

 

* La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, tant qu’il y aura la pauvreté, le racisme, la discrimination et l’exclusion, nous pourrons difficilement atteindre un monde de paix.

Jour 22 – Visite de l’hôpital de Tecpán

Après avoir visité les communautés, vu comment fonctionnait l’ONG Wuqu’Kawoq et interviewé une petite dizaine de personnes, il nous reste à visiter l’hôpital de Tecpán afin de compléter le contenu de notre futur documentaire. Evidemment, nous pourrions rester ici encore des mois, tant il y a de choses à apprendre et de personnes à rencontrer… (Ce constat est relativement frustrant.)

Nous voilà donc en route pour l’hôpital de la ville de Tecpán. Nous prenons un tuc-tuc – taxi local, rapide et peu cher – pour nous y rendre, car les bus ne circulent pas aujourd’hui à cause du marché. Il nous faut une petite dizaine de minutes, rythmées par les klaxons endiablés des tuc-tucs, pour arriver à l’hôpital de Tecpán.

Nous avons rendez-vous avec la responsable de l’établissement, qui semble très occupée. Elle fait appel à une des auxiliaires médicales, qui nous emmène visiter les locaux. L’hôpital est grand et divisé en plusieurs bâtiments, qui correspondent chacun à un service particulier. Nous commençons la visite par le service des urgences. Des lits sont disposés dans le fond de la pièce et séparés par de pâles et épais rideaux, installés pour assurer l’intimité de chaque patient. Entre les lits, des tables en acier sont disposées et sont recouvertes de produits, de médicaments et d’instruments médicaux en tous genres. Le service d’urgence est prévu pour accueillir 40 personnes. Aujourd’hui, un seul homme se trouve dans le service des urgences, accompagné de sa femme. L’hôpital est presque désert, ce qui renforce un certain sentiment de malaise. L’auxiliaire médicale nous explique que c’est à cause du marché et que les gens viendront plus tard dans la journée. La vie est Tecpán est rythmée par les évènements collectifs, et même l’hôpital vit ou non en fonction de telles dynamiques ! Dans la salle d’urgence, les murs sont tapissés d’affiches réalisées par le gouvernement national et le département de Chimaltenango : prévention du cancer du col de l’utérus, lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, dénonciation des cas de harcèlements sexuels et de violences sexistes, …

Nous poursuivons la visite par une salle d’opération immense, mais elle aussi déserte. Le matériel est nettoyé, débranché et rangé. La table d’opération n’a pas été utilisée depuis des mois. En fait, notre guide de la journée nous explique que cette salle ne sert plus et que les chirurgiens ne travaillent plus dans cet hôpital, à cause du manque de financements. Désormais, s’il y a des opérations à faire, les patients doivent se rendre à l’hôpital le plus proche, situé à deux heures de là, dans la ville de Chimaltenango. Nous poursuivons par les chambres attenant au service opératoire. Elles aussi, sont vides. Les lits sont alignés les uns après les autres, sans que l’on puisse détecter une once de vie. Soudain, le silence de l’hôpital se brise, les pleurs et les cris d’une femme traversent le couloir. « Elle va accoucher ! », nous dit l’auxiliaire médicale. L’hôpital dispose d’un service de maternité qui accueille deux ou trois femmes par jour en moyenne.

Nous continuons la visite par le service de gynécologie et de médecine générale, où de nombreuses femmes et leurs enfants attendent dans une immense salle d’attente. La plupart de ces femmes sont en tenue traditionnelle maya. Une télévision dans le fond de la pièce est allumée, les images grésillantes d’un dessin-animé occupent les enfants. L’auxiliaire médicale nous indique que tous les services de santé dispensés par les services publics sont gratuits au Guatemala. Toutefois, la langue qui y est parlée en majorité est l’espagnol…

Nous nous rendons ensuite dans un service un peu plus éloigné. Les murs de l’extérieur sont couverts d’une fresque avec des personnages de Walt-Disney. Les images d’un monde fantasmé, celui des dessins-animés, couvrent une réalité toute autre. Nous entrons à présent dans le centre pour les enfants en dénutrition. Le Guatemala est un des pays avec le plus fort taux de malnutrition infantile. Les infirmières s’occupent de 4 enfants qui sont ici depuis plus d’un mois : après avoir passé 10 jours dans le service d’urgence suite à des dénutritions sévères, ils resteront encore plusieurs semaines en salle de repos. Deux enfants sont accompagnés de leur maman. L’une d’entre elles profite de la sieste de sa fille d’un an pour broder un tissu de fleurs multicolores. La seconde joue avec son jeune garçon, qui déborde d’énergie et fait des aller-retours dans le couloir en courant et se cachant. Quant aux deux autres enfants, les mamans ne sont pas à l’hôpital avec eux. Marco, un jeune garçon d’un an et demi, est atteint de microcéphalie et se repose, seul, dans un lit. Les infirmières nous expliquent que sa maman n’est plus autorisée à le voir, et que les juges décideront dans quelques mois ce qu’il adviendra du petit garçon. Quant au second bébé, atteint de dénutrition sévère, sa maman vient le voir de temps en temps, mais elle vit dans une communauté très éloignée et doit s’occuper de ses autres enfants. Cette dernière visite est particulièrement difficile. La malnutrition est une conséquence directe de la pauvreté qui met en péril la vie de milliers d’enfants au Guatemala, et ailleurs…

Il est temps de reprendre le chemin en direction du bureau de Wuqu’Kawoq. Nous y restons l’après-midi, bien occupées par le montage des vidéos et l’écriture de nos articles…

Jour 21 – Notre rencontre avec Anne…

Ce matin, nous retournons à l’office de Wuqu’Kawoq pour écrire la narration – voix off- de notre documentaire.

Vers quatorze heures, alors que nos ventres commencent à gronder, nous nous dirigeons en direction du marché couvert de Tecpán, afin de trouver le restaurant « El buen gusto »* de notre chère Esperanza. Au menu ce midi, des « chiles rellenos », des piments farcis au porc, accompagnés de riz et de tortillas, pour seulement 40 quetzales, l’équivalent de 5 euros en tout !  Nous profitons de nous retrouver au cœur du marché couvert pour filmer Esperanza et ses collègues en cuisine ainsi que l’animation des vendeurs des différents stands de fruits et de légumes, de viandes et de poissons.

En fin d’après-midi, nous avons la chance de rencontrer en chair et en os Anne Kraemer Diaz, la co-fondatrice de l’association Wuqu’Kawoq avec qui nous avions échangé via Skype tout au long de cette année pour mettre en place notre partenariat. Anne est une femme brillante et notre échange fut des plus enrichissants. Anthropologue de formation, elle a beaucoup étudié l’action des ONG portant un regard très critique sur les conséquences de leur travail. Puis, elle nous confie qu’elle s’est rendue compte que l’action des organisations non gouvernementales était nécessaire pour changer la situation actuelle des populations indigènes au Guatemala, au vu du manque de prise de responsabilité de l’Etat guatémaltèque. Elle a donc travaillé à la création d’une ONG qui tend à s’éloigner des modèles traditionnels, en valorisant une approche conscientisante et un ancrage local afin de ne pas reproduire les rapports de domination, sources d’oppression des peuples indigènes.

Selon Anne, l’enjeu majeur auquel est confrontée l’association Wuqu’Kawoq est d’éviter les écueils d’une action universalisante qui pourrait violer les codes culturels des populations mayas et reproduire les rapports de domination tels qu’ils existent dans les programmes actuels d’accès à la santé. Il s’agit de rendre les populations indigènes capables de faire valoir leurs propres droits dans un objectif non pas de développement mais d’autonomisation. L’ONG souhaite éviter les approches misérabilistes qui tendent à fragiliser le pouvoir symbolique et l’action collective des populations indigènes.

Nous apprenons beaucoup à l’écoute de son discours très consciencieux de toujours agir de manière juste. Nous rentrons encore une fois impressionnées par tant de volonté et d’énergie dégagée par cette femme.

Jour 20 – Les deux derniers entretiens du projet InterCambio…

A une semaine du départ, nous profitons de cette journée pour réaliser les deux derniers entretiens dont nous avons besoin pour notre futur documentaire.

Nous ingurgitons un petit déjeuner préparé avec amour (Chorkin, la reine du cooking, nous a fait des pancakes ce  matin !) et nous nous rendons dans les locaux de Wuqu’Kawoq pour notre première entrevue de la journée. Nous rencontrons la docteure Waleska Lopez Canu, qui travaille au sein de l’ONG depuis 2012. Elle se définit, elle aussi, comme « una mujer indígena, Maya Kaqchikel » (une femme indigène, Maya Kaqchikel).

Dès le début de l’entretien, elle revient sur la création de Wuqu’Kawoq en 2007, suite au constat suivant : de nombreuses communautés Mayas ne peuvent accéder aux services de santé dispensés par le gouvernement à cause de la barrière de la langue. Le problème identifié par l’ONG Wuqu’Kawoq est intersectionnel: au Guatemala, les rapports de pouvoir entre les catégories ethniques, sociales et de sexe sont éminemment cristallisés dans tous les aspects de la vie sociale des habitants, et notamment les problématiques d’accès à la santé. Il faut souligner le racisme inhérent à de nombreuses politiques et programmes médicosociaux, seulement dispensés en langue espagnole et reposant sur des présupposés culturels et des stéréotypes. Les structures médicales ainsi que certaines ONG ont tendance à considérer que les femmes indigènes sont difficilement capables de comprendre les processus biologiques, en raison de l’analphabétisme de certaines ou de leurs supposées représentations culturelles indigènes du corps et de la santé. L’ONG Wuqu’Kawoq inscrit ainsi son action à l’intersection de ces problématiques.

La docteure nous explique que pour pallier aux discriminations que les minorités Mayas subissent, l’ONG Wuqu’Kawoq travaille de manière locale auprès des minorités les plus marginalisées, afin de répondre  aux besoin des populations et leur donner accès à la santé, un droit humain pourtant protégé par les conventions internationales. Pour les membres de l’ONG, choisir entre sa culture ou sa santé n’est pas acceptable : « Usted no debe tenir que elegir entre su cultura y su salud ». L’ONG s’associe ainsi avec les communautés des alentours de Tecpán pour identifier leurs besoins en matière de santé et leur fournir des soins à domicile et centrés sur la communauté. C’est intéressant de comprendre le travail des comadronas – dont on vous a parlé au jour 13 –  sous cet angle : elles sont le relai entre les instances médicales de l’ONG et les traditions locales, et permettent aux femmes de bénéficier de la médecine traditionnelle tout en assurant un suivi d’urgence tout au long de leur grossesse. Ainsi, plusieurs programmes sont mis en place par l’ONG : le programme de nutrition pour les enfants de 0 à 5 ans ; le programme de Salud de la Mujer et de Salud Móvil (nous vous en avions parlé dans les précédents articles) ; ou encore le programme de recherche visant à produire une étude sur la situation de l’accès à la santé au Guatemala dans un objectif militant.

Depuis le début de la création de l’organisation, ce sont plus de 2000 patient.e.s et leurs familles que l’ONG a aidés. L’organisation ne reçoit aucune subvention du gouvernement national, mais elle parvient à fonctionner en majorité grâce aux dons privés et à des programmes de solidarité canadiens et étasuniens (USAID notamment).

Cet entretien a été d’une grande richesse. La docteure est une femme brillante, mue par ses convictions. Elle ne se déclare pas ouvertement militante, mais agit avec ferveur en faveur des droits des communautés indigènes.

Inspirées par un tel entretien et admiratives du travail réalisé au quotidien par toutes ces femmes et hommes au sein de l’organisation Wuqu’Kawoq, nous prenons la direction de notre maison.. Enfin, nous devrions plutôt dire celle de notre hôte, Esperanza, que nous retrouvons sans trop tarder pour notre deuxième entretien de la journée.

Alors que nous la croisons cinq minutes avant portant un tablier, un t-shirt et un pantalon de jogging, Esperanza nous rejoint pour l’entretien vêtue d’un tenue traditionnelle des plus colorées (cf. photo !). Assise sur une chaise, au milieu de la cour de sa maison, elle répond à chacune de nos questions avec sensibilité, humilité, et humour. Notre hôte est une femme avec du caractère, qui replonge dans son passé pour nous expliquer ce qu’être « una mujer indígina » (une femme indigène) signifie pour elle. Elle travaille au marché de Tecpán quatre jours par semaine et élève seule son fils âgé de 17 ans. Elle est revenue il y a quelques mois d’Espagne pour s’occuper de sa maman, après le décès de son père. Esperanza nous explique à quel point il est difficile pour une femme guatémaltèque d’avoir des opportunités et de devenir indépendante. Que ce soit la pression familiale ou les discriminations sexistes, les obstacles qu’elle nous cite tout au long de sa vie sont nombreux. Avec une humilité incroyable, elle nous explique qu’il faut se battre chaque jour quand on est une femme… Et qu’elle le fait depuis des années, pour ses fils, pour elle-même et pour sa communauté.

Le temps est capricieux et les premières gouttes de pluie nous  forcent à écourter cet entretien. Nous allons dans la cuisine d’Esperanza, où elle est fière de nous montrer ce qu’elle prépare depuis ce matin pour le repas de demain. « Il faut utiliser la cuillère en bois et pas celle en métal, c’est ce que ma mère m’a toujours dit  et c’est ce qu’on fait dans la culture maya » nous dit-elle en remuant le maïs contenu dans une grande marmite, chauffé par les flammes d’un poêle traditionnel.

Nous finissons la soirée par un repas avec notre hôte. A nous de cuisiner cette fois ! Au menu, un rizotto guatémaltèque…

Jour 19 – Un lundi à Tecpán

En ce lundi matin, nous planifions notre travail pour notre dernière semaine.

Nous tenons une réunion afin d’aborder de manière plus spécifique la trame de notre documentaire, ce qui n’est pas une mince affaire. Avec du recul sur les trois semaines passées, nous sommes très contentes de tous les témoignages que nous avons pu récolter, et impressionnées par l’énergie dégagée par toutes les femmes que nous avons rencontrées.

Cette semaine, nous devons aussi travailler sur la narration du documentaire, la fameuse « voix off » qui devra être en espagnol. Nous sommes donc bien occupées…

En fin d’après-midi, nous invitons Esperanza à boire un café pour la remercier de toute l’aide qu’elle a pu nous apporter. Elle est très curieuse de connaître nos ressentis sur son pays et ce qu’on pense de la situation des femmes au Guatemala. Pas facile de répondre à une telle question sans heurter les traditions qui ont rythmé la vie d’Esperanza ! Nous nous lançons quand même dans l’exercice… Nous abordons aussi la criminalité du pays, Esperanza nous explique qu’après la guerre civile, de nombreux hommes n’avaient autre habitude que celle de se servir d’une arme. De ce fait, se retrouvant au chômage, certains d’entre eux ont préféré continuer à gagner leur vie de manière criminelle. C’est selon elle, une des explications du fort taux de criminalité du pays, sans oublier la situation géographique du Guatemala, qui en fait un passage obligé pour le trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et les Etats-Unis. Esperanza nous décrit aussi le rôle de nombreuses ONG qui viennent en aide aux filles des communautés rurales pour que celles-ci aient accès à l’éducation, afin qu’elles puissent avoir l’opportunité de choisir leur propre chemin de vie.

Ce dernier moment en sa compagnie fut très enrichissant et au moment de se dire au revoir, nous réalisons que la fin du séjour approche…Raison de plus pour profiter des nachos et du Guacamole à l’heure de l’apéro !

 

Jours 17 et 18 – Un week-end entre Panajachel et Tecpán

Réveil matinal: nous sautons dans nos pantalons, enfilons nos baskets et attrapons nos sacs à dos, direction le Lac Atitlán. Don Cesar conduit le minibus vert, bruyant et tremblant, sur les routes sinueuses allant en direction de l’Ouest du pays. Après plus de deux heures de route, nous prenons un dernier virage sec avant que le paysage ne s’ouvre sur une immense étendue d’eau, la plus belle d’Amérique Centrale nous dit-on dans l’oreillette. Le lac est entouré de trois volcans – San Pedro, Tolimán, Atitlán – dont les sommets culminent à plus de 3500 mètres et s’allient pour bloquer les nuages. Une petite échoppe borde la route ; des chapeaux de toutes les couleurs, pendus sur un fil et agités par le vent, nous arrêtent. Le paysage est à couper le souffle – lui-même déjà très limité par l’altitude. Le lac remplit une large caldeira creusée il y a plus de 84 000 ans par une éruption volcanique.

Nous reprenons le chemin en direction de Panachavel, une petite ville touristique qui borde le lac. Alors que nous sommes en « plein hiver », le soleil se montre généreux aujourd’hui. Nous déambulons dans la petite cité, le regard constamment à la recherche des détails et éléments du paysage à ne pas manquer. Un sentiment de sérénité nous envahit pour la première fois depuis que nous sommes arrivées ici. Les derniers jours ont été intenses émotionnellement, intellectuellement et humainement.

Nous retournons vers un petit ponton qui s’allonge sur le lac. Cette fois, notre taxi sera un petit bateau qui traverse le lac d’un bout à l’autre, avec fragilité et fugacité. Nous arrivons à San Pedro, une petite bourgade assez touristique, construite sur le bord du lac, dans les pentes d’une montagne environnante. Vêtus de shorts et de tongs, ce sont principalement des touristes occidentaux qui se prélassent sous le soleil. Nous nous éloignons des ruelles les plus prisées, et tombons sur un petit restaurant dont l’arrière-cour n’est autre que le lac lui-même. Devant le restaurant, un homme fait cuire des cuisses de poulet, des saucisses et du poisson sur la braise. Nous traversons le rideau de fumée, pour rentrer dans les lieux, et décidons de nous installer sur une mince table située juste au bord de la terrasse. La vue est saisissante… Et encore plus appréciable lorsqu’elle est aromatisée par un poulet braisé, de l’avocat et quelques tortillas…

Et hop, il est déjà temps de revenir sur nos pas… Les volcans ont laissé passer quelques nuages gris, présage d’un temps orageux à venir. Nous reprenons le petit rafiot, qui tente d’éviter les vagues du lac désormais agité, tantôt en s’arrêtant, tantôt en accélérant. Après 45 minutes de traversée mouvementée, nous arrivons (enfin) à Panachavel. A peine le temps de faire quelques emplettes et il est déjà l’heure de retrouver Don Cesar, notre pilote de la journée, pour rentrer à Tecpán.

Reposée de notre voyage de la veille, nous décidons de commencer le dernier jour de la semaine avec un « meeting » dans la petite véranda de notre maison afin de planifier le programme des jours à venir. Il ne nous reste plus qu’ une semaine pour filmer les derniers plans de la ville, réaliser les interviews manquantes et écrire la trame principale du documentaire. Bref, nous avons de quoi nous occuper pour la semaine à venir ! Pour ce qui est du reste de la journée, nous nous rendons au « Cafe de Aqui », devenu, au cours des trois dernières semaines, notre repère préféré pour travailler tout en sirotant un café local. L’après-midi est ainsi bien occupée, entre la rédaction des articles du blog, de la trame du documentaire et du visionnage des interviews de la semaine passée. Nous finissons la journée par un petit apéritif au guacamole bien mérité…

Jour 16 – Interview avec la “Directora Municipal de la Oficina de la Mujer”

Nous finissons la semaine par un entretien avec la « Directora Municipal de la Oficina de la Mujer »* de Tecpán. Son bureau se situe en plein cœur de la ville, dans le grand bâtiment de la mairie qui borde la place centrale où le marché a lieu toutes les semaines. Nous sommes accueillies par trois femmes – « latinas » et « indigenas » nous préciseront-elles plus tard – qui nous font patienter quelques instants.

Sans trop attendre, la directrice, âgée d’une quarantaine d’années, nous accueille chaleureusement dans un bureau exiguë, dont les murs sont tapissés de documents administratifs, de dessins et de photos. Nous peinons à toutes trouver une place dans cet espace confiné : la préparation technique de l’entretien est digne d’une partie de Tetris…

Nous voilà enfin prête pour débuter cet entretien, tourné vers une vision plus politique et institutionnelle des enjeux des droits des femmes Mayas au Guatemala.

Sans trop en dire sur notre futur documentaire, nous voulons tout de même partager avec vous quelques éléments clés de cette rencontre (parce que oui, nous aussi nous voulons vous faire vivre un suspens digne de celui des séries les plus attendues). La Oficina de la Mujer a pour but d’offrir de meilleures opportunités aux femmes « indigenas » ou « latinas ». La directrice nous explique que, selon elle, hommes et femmes sont certes égaux en droit, mais que chacun doit respecter des obligations bien précises. Si les femmes doivent s’occuper de leurs enfants et de leurs maris, ces derniers sont en charge d’apporter les ressources économiques suffisantes au bien-être de leurs familles. C’est pourquoi des ateliers sont organisés afin de faire fabriquer aux femmes des savons, de la lessive ou d’autres objets…

Il est vrai que l’on se trouve assez loin de la vision et du travail effectué par Wuqu’Kawoq, en termes d’ « empoderamiento » des femmes guatémaltèques. Toutefois, les deux institutions travaillent à la fois en Espagnol et en Kaqchikel, afin de respecter ce qui est aujourd’hui reconnu par le droit international comme un droit collectif des populations autochtones – “le respect des langues et cultures autochtones” (Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, 2007). Plus largement, alors que la hiérarchie sociale et économique du Guatemala est largement déterminée par des caractéristiques ethniques et culturelles, la langue est un véritable passe-droit dans ce pays. Un tel constat n’est pas sans faire écho à des situations homologues dans d’autres régions du monde…

Nous avons hâte de vous en dévoiler davantage sur ce que nous apprenons chaque jour grâce à nos rencontres et nos interviews.

* directrice du bureau municipal dédié aux femmes

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