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Jour 9 – Jour Férié ? Et pourtant…

30 Juin. Dernier jour du mois. Nous apprenons que celui-ci est férié car c’est le jour de célébration de l’armée nationale depuis la fin de la guerre civile. Les bureaux de Wuqu’Kawoq sont fermés. Serions-nous contraintes au repos ?

… Non, encore trop attachées à notre calendrier français, nous profitons de cette journée pour prendre nos rendez-vous et réaliser deux interviews !

A 10 heures, nous retrouvons Esperanza chez elle, à quelques encablures de Tecpán. Elle nous explique qu’elle a été contrainte de déménager en dehors de la ville car elle ne pouvait plus payer son loyer de 1400 quetzales (environs 175 euros). Sa maison a été construite en 1 mois, elle borde la grande « Carratera Interamericana » qui relie le Mexique à l’Amérique Latine, en passant notamment par le Guatemala. Ça semble déjà impressionnant ? Et pourtant, cette «Carratera Interamericana » n’est qu’une parcelle de la « Carratera Panamericana » qui relie l’Alaska à l’Argentine sur 48000 km de long…

Esperanza est professeure d’économie domestique de niveau « basico », c’est-à-dire de niveau collège. Elle est issue d’un milieu populaire mais a réussi gravir les échelons grâce à diverses aides et opportunités qu’elle a su saisir (bourses, aides associatives, emprunt, parrainage par un couple vivant aux États-Unis, …). Elle vit seule dans cette petite masure. Son frère, qui vivait à côté, a récemment déménagé car il n’avait plus assez d’argent pour payer ce lieu. Elle a (ou a eu) un mari et un fils qui ne vivent plus avec elle. C’est une femme de caractère, instruite et indépendante qui se tient face à nous, prête à répondre à nos questions. Pour l’occasion, elle a revêtu sa tenue traditionnelle. Elle la quittera après l’interview car « c’est plus pratique de marcher en baskets ! ».

Après 1h30 d’interview et un café offert par notre hôte, nous nous accordons une pause pour aller déjeuner dans un restaurant à proximité. Soucieuse de nous montrer un maximum de choses, Esperanza nous mène à travers les communautés mayas situées derrière sa maison. Elle s’arrête devant un immense portail ocre, et sonne. « Un ancien député du Guatemala vit ici », nous confie-t-elle. La forteresse s’ouvre sur un immense terrain, des dizaines d’enfants y jouent impunément. Herbe verdoyante, balançoires, cabanes, piscines, terrains de basket, de tennis et de foot… Le contraste avec l’extérieur est saisissant, choquant. Face à nous, l’ancien député – tout sourire – nous invite à entrer. L’homme utilise cet espace comme un lieu récréatif pour les jeunes à qui il demande 125Q pour la journée. Alors que nous en n’avions pas vu jusqu’à présent, c’est une majorité d’enfants venus des Etats-Unis que nous découvrons dans ce lieu coupé du reste de la zone.

A 15h, nous prenons enfin la direction du restaurant. Le repas est frugal et cher. (Nous aurions préféré l’inverse.) Heureusement, nous compensons vite par de la nourriture intellectuelle. Esperanza nous présente une amie à elle, avocate de métier, et grandement investie dans l’accès au droit des femmes guatémaltèques. Le soleil entame sa course vers la nuit. Nous profitons de cette luminosité adoucie pour réaliser notre interview en extérieur. Ses paroles sont des plus pertinentes. Alors qu’elle n’a même pas préparé son entretien, l’avocate prend à bras le corps chaque question et y répond avec une précision folle : elle structure ses propos, cite des chiffres clé et des articles de la Constitution, passe par des rappels sociologiques avant d’exposer les faits. La nuit tombe quelques minutes après la fin de notre interview. L’avocate nous propose de nous ramener en voiture. A 19h, nous arrivons enfin à la casa, après cette longue journée, à la fois épuisante et enrichissante… Vive les jours fériés !

 

Jour 7 et 8 – Un détour historique nécessaire…

Nous avons profité de Tecpán durant les deux derniers jours, puisque l’activité de Wuqu’Kawoq était plutôt calme.

Sous perfusion de café local et aromatisé à la cannelle, Eléa et Chorkin ont commencé à éditer, couper, monter, ré-éditer, redécouper et remonter les premières images que nous avons prises depuis notre arrivée. Pour Pénélope et Laura, le programme a aussi été chargé, notamment avec la préparation des entretiens individuels à venir (pour cela, on vous laisse patienter jusqu’au prochain article…).

Nous voulons surtout profiter de cet article pour vous parler du Guatemala, de son histoire et de sa population. Le Guatemala est le pays le plus peuplé d’Amérique centrale, avec plus de 16 millions d’habitants, dont la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté national. La précarité touche davantage les populations autochtones du pays. De fait, près de la moitié de la population est Maya. Leur nombre exact est sujet à de larges controverses dans le pays, dans un contexte où les discours nationalistes tendent à sous-estimer la proportion des communautés Mayas dans la population totale. Toutefois, pour comprendre comment le Guatemala est devenu un territoire avec une telle diversité culturelle, linguistique et ethnique, un détour par l’histoire du pays est nécessaire.

Les historiens datent à – 2000 avant Jésus Christ la naissance de la civilisation Maya. Durant cette époque, petits villages et communautés agricoles se sont dispersés sur l’actuel territoire du Guatemala, construisant alors des sociétés organisées et autonomes. Toutefois, l’arrivée des colons espagnols en 1524 bouleverse l’histoire de ces sociétés, alors devenues « indigènes ». Se met en place un système de « repartimiento » basé sur le travail forcé des peuples autochtones dans les fermes et les mines des colons. La structure sociale et politique de l’époque est organisée selon un système de caste et les Mayas sont les premières victimes d’une hiérarchie sociale qui place les colons blancs au sommet.

Le 15 septembre 1821, après trois siècles de domination coloniale, le Guatemala, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et le Honduras deviennent indépendants et forment ensemble Las Provincias Unidas del Centro de América. Toutefois, cette union se brise rapidement et le Guatemala devient un Etat-Nation indépendant en 1840. Dès lors, la construction de la Nation guatémaltèque se fait par l’exclusion et la discrimination des populations auto: « le modèle libéral considère l’indigène comme un problème qu’il faut supprimer afin de mener à bien un processus de civilisation » (reference). Tout au long du 19ème siècle, des politiques publiques sont mises en place afin d’assimiler ces populations et/ou de les utiliser comme main d’œuvre pour travailler dans les plantations de café, dans un contexte où le pays cherche avant tout à construire une société unitaire et centraliste. On assiste à une institutionnalisation du racisme qui va marquer tout le 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

En 1945, ont lieu les premières élections démocratiques. Suite à un coup d’Etat militaire en 1954 mené par la CIA, le pays entre dans une période de troubles politiques et sociaux. Rapidement, une guérilla éclate et se généralise à l’ensemble des communautés autochtones. Opposant l’organisation de guérilleros Unidad Revolucionaria Nacional Guatemalteca et l’armée nationale, cette guerre civile marque l’histoire des années 1960. Le gouvernement militaire répond à la guérilla avec une brutalité extrême : disparitions forcées, violences physiques, mutilations et exposition publique de cadavres. La guerre atteint son paroxysme avec le coup d’Etat du Général Efraín Ríos Montt qui, après avoir lancé l’état d’urgence, ordonne une campagne généralisée de destruction des communautés Mayas jusqu’aux zones les plus marginalisées, faisant des dizaines de milliers de morts et plus d’un million de réfugiés. Il faut attendre le début des années 2000 pour que le général Efraín Ríos Montt soit jugé pour crime contre l’humanité et génocide.

Les années 1990 sont synonymes d’une décennie d’illusions selon les historiens nationaux. La signature des accords de paix en 1996 et la fin de la guerre civile ont donné des espoirs à la population guatémaltèque. Cependant, l’instabilité gouvernementale, la corruption, la violence urbaine et le crime organisé continuent de fracturer le pays. Les politiques néolibérales ont des conséquences désastreuses pour les économies locales. Aujourd’hui, 34% de la population vit sous le seuil de pauvreté extrême, faisant du Guatemala l’un des pays les plus pauvres du monde. La pauvreté – un facteur d’exclusion parmi d’autres au Guatemala – se concentre dans les communautés les plus marginalisées. Or, la marginalisation, comme construit social, est le reflet d’un passé colonial puis nationaliste. Exclusion, racisme et discriminations contre les populations Mayas témoignent d’une hiérarchie sociale toujours déterminée par des critères culturels et raciaux.

Toutefois, l’action de la société civile guatémaltèque et l’activisme des communautés autochtones donnent l’espoir d’une évolution vers un meilleur respect de leurs droits fondamentaux.

Jour 6 – A la découverte du programme de Salud Movíl

Aujourd’hui, nous partons pour la première fois dans les communautés Mayas les plus éloignées avec Maye, une infirmière de l’ONG. Nous quittons le bureau de Wuqu’Kawoq à 7h30 pour prendre la direction de Panavajal. Nous nous éloignons rapidement des routes goudronnées pour emprunter des chemins rocailleux et constamment redessinés par les pluies. La voiture avale le dénivelé, lorsque nous arrivons au sommet d’une des montagnes qui composent les alentours de Tecpán.  À l’horizon, trois volcans se dressent tandis que la verdure des champs cultivés tapisse le premier plan. Difficiles d’accès et isolés, les villages sont éparpillés le long de notre route.

Alors qu’elle a l’habitude de faire ce chemin en bus puis de continuer à pieds, Maye guide le chauffeur de notre voiture vers la maison de la première patiente de la journée. Elle est infirmière à Wuqu’Kawoq depuis moins d’un an, dans le cadre du programme de Salud Movíl. Celui-ci a permis de mettre en place une application pour les téléphones utilisée par les infirmières des communautés locales, afin qu’elles puissent faire appel à Wuqu’Kawoq en cas d’urgence. Dans le cadre de ce programme, Maye assure le suivi de patientes des communautés Mayas qui sont enceintes ou viennent d’accoucher.

Usted no debe tener que elegir entre su cultura y su salud.

La première patiente s’appelle Leticia M. et est âgée de 23 ans. Nous la rencontrons assise sur son lit, là où elle a accouché il y a 24 jours d’un petit garçon qui n’a pas encore de prénom. Maye fait sa consultation en Kaqchikel, lui prend sa pression, puis s’occupe du bébé. Nous sommes admiratives de la douceur que Maye dégage, prenant le temps d’expliquer à la jeune maman le programme d’aide à la santé de Wuqu-Kawoq et d’écouter chacun de ses besoins.

Maye demande à toutes ses patientes de noter sur une échelle de 1 à 5 – symbolisée par des visages contents et mécontents- la qualité des services de santé dispensés par les pouvoirs publics.  Les notes n’atteignent pas plus de 2/5 : l’argument principal est l’impossibilité pour ces femmes d’être comprises et écoutées car elles ont souvent pour langue principale le Kaqchikel et se déplacent très rarement en ville.

Nous avons rencontré des difficultés pour justifier notre présence auprès de la deuxième famille, notamment car le mari de la patiente nous qualifie dès notre arrivée de « gringos » au vu de notre couleur de peau. La patiente, âgée de 28 ans, s’apprête à donner naissance à son sixième enfant. Une fois sorties de l’habitation qui était l’une des plus isolées, Maye nous explique qu’elle a trouvé la consultation difficile à cause de la présence du mari, appuyé sur la table qui meuble la chambre commune des parents et des enfants tout au long de l’intervention. Sans mâcher ses mots, Maye nous explique qu’ « ici, les hommes décident souvent pour les femmes ».

Nous nous rendons ensuite chez une troisième patiente, qui vit dans une habitation moins rudimentaire. La présence de fenêtres et le volume de la pièce sont autant d’indices qui nous permettent de faire ce dernier constat. Comme dans les autres maisons, les symboles religieux sont les seules décorations de la chambre. Nous rencontrons Maria V., qui a accouché il y a deux jours seulement de son second enfant. Elle est accompagnée de sa sœur ainée, et de leurs enfants. Ces derniers s’amusent devant nous et nos caméras. La consultation, encore menée en Kaqchikel, est animée par les rires des mères et enfants, alors que les pères prennent une pause rapide pour le déjeuner avant de retourner travailler dans les champs.

Pour la dernière consultation, nous empruntons à pied un chemin sinueux qui mène jusqu’à l’habitation d’une jeune femme et sa mère, âgée de 16 ans de plus. Dans une chambre meublée par un lit, une armoire et une croix, Maye réalise son dernier examen de la journée. La jeune femme attend un bébé pour la mi-Août.

Nous rentrons, épuisées par la journée mais inspirées par le travail et l’énergie que Maye, âgée de 25 ans, dédie chaque jour aux communautés les plus marginalisées.

  • Défilant

Jour 5 – Silence plateau, ça tourne, action!

Aujourd’hui est notre premier jour de tournage. Le temps est clément, nous en profitons pour déambuler dans Tecpán afin de repérer des scènes de vie parlantes. En chemin, nous découvrons « la oficina de la mujer », le bureau municipal de Tecpán dédié aux femmes. Nous décidons timidement de franchir le pas de la porte et sommes reçues très chaleureusement par la directrice municipale. Elle nous explique que ce bureau existe depuis 2010 afin de mettre au courant les femmes de leurs droits et obligations, de les aider à faire face à des situations économiques et sociales précaires, notamment par la mise en place d’ateliers où celles-ci apprennent les rudiments nécessaires pour créer leurs propres projets. Elle insiste sur le rôle de la famille comme étant un cercle stable pour assurer le respect du droit des femmes et la bonne éducation des enfants. Selon elle, être « una soltera », une femme célibataire, ne permet pas aux femmes de donner une bonne éducation à leurs enfants. Nous nous demandons si cette vision est liée à la forte prégnance de la religion dans la société guatémaltèque. La directrice accepte avec plaisir de participer à la réalisation de notre documentaire au travers d’un entretien filmé.

Une fois l’énergie de la place centrale capturée par nos objectifs, nous décidons d’emprunter des ruelles plus éloignées. Devant une boulangerie, un groupe de femmes et enfants mayas attirent notre attention. Nous tentons d’entamer une discussion avec eux mais nous réalisons qu’ils parlent seulement Kaqchikel. Par un langage des signes tout droit sorti de notre imagination, nous parvenons à obtenir leur accord pour les filmer. La boulangère, quant à elle, semble à la fois surprise et fière d’être au premier plan de nos images. Elle s’active alors pour nettoyer sa boutique et nous fait signe pour filmer l’intérieur. En guise de remerciements, nous voulons lui acheter des petites pâtisseries locales, mais à notre plus grand étonnement, c’est elle qui nous en offre pour nous remercier de l’avoir filmée.

C’est remarquable de voir à quel point le partage et l’échange peuvent créer des liens presque instantanés entre les individus.

Demain est un grand jour pour nous, nous partons à la rencontre d’une communauté rurale pour laquelle Wuqu’Kawoq intervient.

Jour 4 – “Eso es para no olvidar”

Certainement un dimanche comme un autre à Tecpán. Le marché s’est installé dans le centre de la ville tandis que la grande Eglise catholique s’est remplie de ses fidèles. Nous déambulons entre les étales colorées afin d’acheter de quoi cuisiner pour la semaine qui arrive… et surtout, pour ce soir, car nous avons invité la personne chez qui nous logeons, Esperanza, et son fils Nicolas à diner.

Alors que le vent frappe bruyamment les taules de la maison, nous attendons patiemment nos hôtes qui se sont habillés pour l’occasion de façon traditionnelle. Les assiettes de gratin se vident peu à peu et Esperanza nous entraîne dans une discussion sur le système politique de son pays.  Selon elle, un gouvernement militaire serait le seul capable de faire régner le calme et pacifier le Guatemala. La corruption – « como vosotros en Europa »- est néfaste pour le pays et Nicolas explique que désormais, âgé de 18 ans, il peut faire partie de « los hombres de la Ronda », un groupe informel d’hommes qui surveillent les villages la nuit.  Esperanza nous apporte une radio pour égayer nos soirées. Animée par les rythmes latinos, elle commence à nous présenter l’histoire des différents objets qui meublent le salon : les vases traditionnels portés sur la tête des femmes, le fer à repasser en métal, un mortier et un pilon en pierre, une statuette maya, des cornes de cerf comme souvenir de son voyage à Madrid (« de la basura de Madrid »). Avec un air nostalgique, elle nous explique que garder tous ces objets lui permet de sauvegarder l’héritage de la culture Maya ; « es para no olvidar nuestra historia ». À ce propos, Esperanza semble pessimiste en affirmant que, certainement, dans quelques années, la culture Maya disparaîtra.

 

 

 

Jour 3 – « El matrimonio es un regalo de Dios ». *

Nous sommes de mariage aujourd’hui! Pour l’occasion, nous avons revêtu nos plus beaux t-shirts Mayas, fraichement achetés du marché, le matin même.
Esperanza nous donne rendez-vous à 10h pour célébrer de l’union de Cristina et Estuardo. Après deux heures de cérémonie dans la grande Eglise catholique de Tecpán, nous en sortons pour prendre la route du banquet. Cette cérémonie est l’occasion pour nous de réaliser à quel point la religion tient une place importante dans la vie des Guatémaltèques. « Dieu » est remercié dans chaque discours : « El matrimonio es un regalo de Dios ». A Tecpán, la quasi-totalité de la population est catholique ou évangélique.

L’union de Cristina et Estuardo… et leurs familles

Sur le terrain de basket d’une des écoles primaires de Tecpán, une quarantaine de tables disposées en extérieur attendent leurs invités. Sur la droite, deux porcs entiers, écartelés sur leurs grilles rotatives, rôtissent sagement. Sur la gauche, un groupe de musique enflamme la zone encore vide, dont le sol est tapissé d’aiguilles de pin.

Les tables se remplissent petit à petit, d’abord de ses invités, puis de nourriture. Au menu : porc, riz, macédoine et galettes de maïs. Le tout est délicieux. Esperanza nous raconte que le maïs est le premier aliment des communautés Mayas « depuis la nuit des temps ».
Nous retenons l’accueil et la bienveillance qu’ont manifestés tous les invités à notre égard. Ils n’ont pas été avares de sourires, et nous avons su les leur rendre ! Les enfants s’agitent, jouent et courent aux quatre coins du terrain de basket. Ils sont nombreux, comme un reflet des dynamiques démographiques du pays.

Nous avons toutes les quatre été vraiment touchées par le respect et l’affection qui se sont dégagés tout au long de ce mariage. Cela nous a donné l’impression que le cercle familial – bien plus élargi que celui auquel nous sommes habituées – tient une place première dans la vie quotidienne des personnes avec qui nous avons passé la journée. Estuardo, étudiant de 25 ans, remercie en pleurs ses parents, ses grands-parents, ses frères et sœurs, ses oncles et tantes, ses cousins et cousines, et ses ami.e.s d’être présent.e.s. La liste est longue, les émotions n’en sont que décuplées. Quant à Cristina, jeune professeure de Kaqchikel** de 23 ans, elle semble incarner l’héritage de la culture Maya en remerciant chacun.e de ses proches dans cette langue.

Est venue l’heure d’ouvrir les cadeaux… Ou devrions-nous dire les heures au vu de leur nombre pharaonique ? Tasses, casseroles, assiettes, plateaux, verres, couvertures, vêtements pour bébés, signes religieux, et d’autres encore qui nous donnent certains indices pour imaginer la future vie des deux époux. Esperanza nous explique qu’au Guatemala les mariages se font très tôt dans la vie des jeunes femmes. Pour la petite anecdote, lorsque nous donnons notre âge, on nous demande souvent si nous sommes mariées.

La cérémonie se termine par une mise en scène symbolique : la famille de la mariée lui coupe son voile blanc, signe de pureté et de protection, pour ensuite la confier à l’homme devenu son mari. La mère de Estuardo lui offre alors un tablier, un gilet en laine et une étole traditionnelle. Esperanza nous explique que nous assistons à l’union de familles très conservatrices et que de tels rituels ne sont pas la norme dans toutes les mariages guatémaltèques.

Aujourd’hui, la saison des pluies a épargné les époux et la nuit efface les derniers rayons d’un soleil qui se fait rare. Tecpán retrouve peu à peu son calme nocturne. Il est déjà l’heure pour nous de rentrer…

 

* Le mariage est un cadeau de Dieu

** le Kaqchikel est l’une des 23 langues parlées par les Mayas au Guatemala. Elle est la principale utilisée dans la communauté de Tecpán.

Jour 2 – ¡ Gran reunión para los miembros de Wuqu’Kawoq !

Hola a todos.as,

Deuxième jour de notre voyage et déjà beaucoup à raconter… Il est difficile de décrire « à chaud » tant d’émotions et de découvertes.

Nous avons passé la journée avec les membres de l’ONG Wuqu’Kawoq. Une fois par mois, ils – ou plutôt elles… – organisent une réunion générale avec les infirmières, docteur.e.s et bénévoles de l’organisation afin de faire le point sur les réussites et objectifs à atteindre. Cette réunion a été l’occasion de mieux comprendre comment fonctionne l’ONG et quelles sont les valeurs de ses membres. La plupart sont des femmes guatémaltèques et Mayas (seulement 3 hommes … et nous seules en tant qu’occidentales !) : c’est un mode d’organisation qui change de ce que l’on peut voir dans la plupart des ONG.

« El empoderamiento »

La parole a été prise par quasiment tous les membres durant la réunion, ce qui a dégagé une énergie incroyable. On voit des femmes parler de leur travail quotidien avec Wuqu’Kawoq, de leur patient.e.s, des réussites et des points à améliorer. Dans l’après-midi, Doña Esperanza, une formatrice locale, était présente afin de faire une formation sur les objectifs pour le développement durable de l’ONU. L’éducation tient une place importante pour l’ONG et ses membres afin de permettre à chacun.e de mieux comprendre les tenants et aboutissants de leurs missions. Nous poursuivons avec un exercice de groupe, pour réfléchir ensemble aux moyens de mettre en place les objectifs de l’ONU au niveau local.

On a beaucoup appris de cette journée, notamment d’un point de vue humain. Les femmes avec lesquelles on a parlé sont d’une générosité incroyable. Malgré ce que l’on a tendance à appeler « barrière de la langue » ou « barrière de la culture », nous avons pu réfléchir ensemble à des problématiques internationales et locales, et plus généralement parler de nos vies respectives et expériences quotidiennes… Bref, échanger en dépit des dites « différences ». D’ailleurs, Dona Esperanza nous a invitées au mariage d’une de ses amies demain… On vous racontera tout ça très vite!

Pour nous remettre de tout ça, nous sommes allées commander des tortillas pour le soir: nous en avons pris 12 sachant que nous étions 4… et qu’elles sont vendues par 3. On vous laisse faire le calcul… ! Ce sont bien 36 tortillas que nous avons achetées… Ce qui nous a valu quelques sourires amusés des locaux ! Nous avons encore quelques progrès à faire…

Jour 1 – Bienvenidas en Tecpan!

Hola a todos,

Il nous a fallu pas moins de 36h pour trouver la wifi, mais c’est chose faite ! Nous pouvons donc enfin vous annoncer que nous sommes enfin bien arrivées au Guatemala, et plus particulièrement à Tecpan, où nous séjournerons pour les 30 prochains jours.

Nous sommes logées par Esperanza –un prénom qui donne confiance ! -, une femme du village de Tecpan. Notre maison est indépendante et reliée à la sienne par une cour intérieure.

L’association Wuqu’Kawoq avec laquelle nous travaillons se situe à deux rues de notre lieu de résidence. C’est d’ici que nous pouvons capter la wifi qui nous permettra d’alimenter ce blog tout au long de ce voyage. Nous publierons un article en moyenne tous les deux jours* .

Quelques mots sur Tecpan…

90% de la population est Maya

. Le dépaysement s’est donc fait dès notre arrivée sur les lieux ! Nous comptons toutefois nous éloigner davantage de la ville et nous rendre dans les zones rurales pour rencontrer des populations plus reculées, ayant encore plus difficilement accès aux commodités sanitaires. L

a plupart des habitants parlent le Kaqchikel et non l’espagnol. Nous restons donc accompagnées d’un traducteur de Wuqu Kawok pour nous aider dans nos interactions.

La ville est plutôt étalée et colorée. La saison des pluies nous affuble d’un temps capricieux et lunatique, il passe du ciel dégagé à la pluie fine, du vent léger à la pluie torrentielle. La ville elle-même change drastiquement d’ambiance selon les moments de la journée. A partir de 22h, les rues sont désertes et silencieuses. De 7h à 18h, elles sont mouvantes, colorées, agitées … ! Cette agitation est notamment due au marché qui a lieu tous les jeudis, samedis et dimanches. Il est le cœur de l’économie du village. Dans la plupart des foyers, les hommes sont agriculteurs et les femmes vendent leurs produits au marché.

Voilà pour les premières données, on a hâte de vous en dire plus… !

A bientôt !

L’équipe InterCambio

*offre soumise à conditions, dans la limite de la wifi disponible.
Pour tout article non publié en temps et en heure, nous se sommes pas tenues responsables…

 

 

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