30 Juin. Dernier jour du mois. Nous apprenons que celui-ci est férié car c’est le jour de célébration de l’armée nationale depuis la fin de la guerre civile. Les bureaux de Wuqu’Kawoq sont fermés. Serions-nous contraintes au repos ?

… Non, encore trop attachées à notre calendrier français, nous profitons de cette journée pour prendre nos rendez-vous et réaliser deux interviews !

A 10 heures, nous retrouvons Esperanza chez elle, à quelques encablures de Tecpán. Elle nous explique qu’elle a été contrainte de déménager en dehors de la ville car elle ne pouvait plus payer son loyer de 1400 quetzales (environs 175 euros). Sa maison a été construite en 1 mois, elle borde la grande « Carratera Interamericana » qui relie le Mexique à l’Amérique Latine, en passant notamment par le Guatemala. Ça semble déjà impressionnant ? Et pourtant, cette «Carratera Interamericana » n’est qu’une parcelle de la « Carratera Panamericana » qui relie l’Alaska à l’Argentine sur 48000 km de long…

Esperanza est professeure d’économie domestique de niveau « basico », c’est-à-dire de niveau collège. Elle est issue d’un milieu populaire mais a réussi gravir les échelons grâce à diverses aides et opportunités qu’elle a su saisir (bourses, aides associatives, emprunt, parrainage par un couple vivant aux États-Unis, …). Elle vit seule dans cette petite masure. Son frère, qui vivait à côté, a récemment déménagé car il n’avait plus assez d’argent pour payer ce lieu. Elle a (ou a eu) un mari et un fils qui ne vivent plus avec elle. C’est une femme de caractère, instruite et indépendante qui se tient face à nous, prête à répondre à nos questions. Pour l’occasion, elle a revêtu sa tenue traditionnelle. Elle la quittera après l’interview car « c’est plus pratique de marcher en baskets ! ».

Après 1h30 d’interview et un café offert par notre hôte, nous nous accordons une pause pour aller déjeuner dans un restaurant à proximité. Soucieuse de nous montrer un maximum de choses, Esperanza nous mène à travers les communautés mayas situées derrière sa maison. Elle s’arrête devant un immense portail ocre, et sonne. « Un ancien député du Guatemala vit ici », nous confie-t-elle. La forteresse s’ouvre sur un immense terrain, des dizaines d’enfants y jouent impunément. Herbe verdoyante, balançoires, cabanes, piscines, terrains de basket, de tennis et de foot… Le contraste avec l’extérieur est saisissant, choquant. Face à nous, l’ancien député – tout sourire – nous invite à entrer. L’homme utilise cet espace comme un lieu récréatif pour les jeunes à qui il demande 125Q pour la journée. Alors que nous en n’avions pas vu jusqu’à présent, c’est une majorité d’enfants venus des Etats-Unis que nous découvrons dans ce lieu coupé du reste de la zone.

A 15h, nous prenons enfin la direction du restaurant. Le repas est frugal et cher. (Nous aurions préféré l’inverse.) Heureusement, nous compensons vite par de la nourriture intellectuelle. Esperanza nous présente une amie à elle, avocate de métier, et grandement investie dans l’accès au droit des femmes guatémaltèques. Le soleil entame sa course vers la nuit. Nous profitons de cette luminosité adoucie pour réaliser notre interview en extérieur. Ses paroles sont des plus pertinentes. Alors qu’elle n’a même pas préparé son entretien, l’avocate prend à bras le corps chaque question et y répond avec une précision folle : elle structure ses propos, cite des chiffres clé et des articles de la Constitution, passe par des rappels sociologiques avant d’exposer les faits. La nuit tombe quelques minutes après la fin de notre interview. L’avocate nous propose de nous ramener en voiture. A 19h, nous arrivons enfin à la casa, après cette longue journée, à la fois épuisante et enrichissante… Vive les jours fériés !