Nous avons profité de Tecpán durant les deux derniers jours, puisque l’activité de Wuqu’Kawoq était plutôt calme.

Sous perfusion de café local et aromatisé à la cannelle, Eléa et Chorkin ont commencé à éditer, couper, monter, ré-éditer, redécouper et remonter les premières images que nous avons prises depuis notre arrivée. Pour Pénélope et Laura, le programme a aussi été chargé, notamment avec la préparation des entretiens individuels à venir (pour cela, on vous laisse patienter jusqu’au prochain article…).

Nous voulons surtout profiter de cet article pour vous parler du Guatemala, de son histoire et de sa population. Le Guatemala est le pays le plus peuplé d’Amérique centrale, avec plus de 16 millions d’habitants, dont la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté national. La précarité touche davantage les populations autochtones du pays. De fait, près de la moitié de la population est Maya. Leur nombre exact est sujet à de larges controverses dans le pays, dans un contexte où les discours nationalistes tendent à sous-estimer la proportion des communautés Mayas dans la population totale. Toutefois, pour comprendre comment le Guatemala est devenu un territoire avec une telle diversité culturelle, linguistique et ethnique, un détour par l’histoire du pays est nécessaire.

Les historiens datent à – 2000 avant Jésus Christ la naissance de la civilisation Maya. Durant cette époque, petits villages et communautés agricoles se sont dispersés sur l’actuel territoire du Guatemala, construisant alors des sociétés organisées et autonomes. Toutefois, l’arrivée des colons espagnols en 1524 bouleverse l’histoire de ces sociétés, alors devenues « indigènes ». Se met en place un système de « repartimiento » basé sur le travail forcé des peuples autochtones dans les fermes et les mines des colons. La structure sociale et politique de l’époque est organisée selon un système de caste et les Mayas sont les premières victimes d’une hiérarchie sociale qui place les colons blancs au sommet.

Le 15 septembre 1821, après trois siècles de domination coloniale, le Guatemala, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et le Honduras deviennent indépendants et forment ensemble Las Provincias Unidas del Centro de América. Toutefois, cette union se brise rapidement et le Guatemala devient un Etat-Nation indépendant en 1840. Dès lors, la construction de la Nation guatémaltèque se fait par l’exclusion et la discrimination des populations auto: « le modèle libéral considère l’indigène comme un problème qu’il faut supprimer afin de mener à bien un processus de civilisation » (reference). Tout au long du 19ème siècle, des politiques publiques sont mises en place afin d’assimiler ces populations et/ou de les utiliser comme main d’œuvre pour travailler dans les plantations de café, dans un contexte où le pays cherche avant tout à construire une société unitaire et centraliste. On assiste à une institutionnalisation du racisme qui va marquer tout le 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

En 1945, ont lieu les premières élections démocratiques. Suite à un coup d’Etat militaire en 1954 mené par la CIA, le pays entre dans une période de troubles politiques et sociaux. Rapidement, une guérilla éclate et se généralise à l’ensemble des communautés autochtones. Opposant l’organisation de guérilleros Unidad Revolucionaria Nacional Guatemalteca et l’armée nationale, cette guerre civile marque l’histoire des années 1960. Le gouvernement militaire répond à la guérilla avec une brutalité extrême : disparitions forcées, violences physiques, mutilations et exposition publique de cadavres. La guerre atteint son paroxysme avec le coup d’Etat du Général Efraín Ríos Montt qui, après avoir lancé l’état d’urgence, ordonne une campagne généralisée de destruction des communautés Mayas jusqu’aux zones les plus marginalisées, faisant des dizaines de milliers de morts et plus d’un million de réfugiés. Il faut attendre le début des années 2000 pour que le général Efraín Ríos Montt soit jugé pour crime contre l’humanité et génocide.

Les années 1990 sont synonymes d’une décennie d’illusions selon les historiens nationaux. La signature des accords de paix en 1996 et la fin de la guerre civile ont donné des espoirs à la population guatémaltèque. Cependant, l’instabilité gouvernementale, la corruption, la violence urbaine et le crime organisé continuent de fracturer le pays. Les politiques néolibérales ont des conséquences désastreuses pour les économies locales. Aujourd’hui, 34% de la population vit sous le seuil de pauvreté extrême, faisant du Guatemala l’un des pays les plus pauvres du monde. La pauvreté – un facteur d’exclusion parmi d’autres au Guatemala – se concentre dans les communautés les plus marginalisées. Or, la marginalisation, comme construit social, est le reflet d’un passé colonial puis nationaliste. Exclusion, racisme et discriminations contre les populations Mayas témoignent d’une hiérarchie sociale toujours déterminée par des critères culturels et raciaux.

Toutefois, l’action de la société civile guatémaltèque et l’activisme des communautés autochtones donnent l’espoir d’une évolution vers un meilleur respect de leurs droits fondamentaux.