En ce jour pluvieux donc studieux, nous restons dans les bureaux de Wuqu’Kawoq afin de traduire les entretiens que nous avons eus en Kaqchikel et gérer les derniers impératifs du projet sur place (hé oui, le retour approche…). Du coup, à quelques jours de quitter le Guatemala, on avait envie de vous parler de Rigoberta Menchú, une femme exemplaire qui a inspiré notre démarche documentaire.

En 1992, à peine âgée de 33 ans, Rigoberta Menchú reçoit le prix Nobel de la paix, alors que la guerre civile et le génocide perpétré envers les populations Mayas commencent à prendre fin. Ce prix lui est dédié en reconnaissance de son ouvrage paru en 1983, Moi, Rigoberta Menchú, qui met en exergue l’importance de la réconciliation ethno-culturelle au Guatemala pour le respect des droits des peuples autochtones.

Rigoberta Menchú est une femme Maya qui a grandi dans les communautés rurales du pays. Dès l’âge de 5 ans, elle commence à travailler dans les champs pour aider sa famille à subvenir à ses besoins. Elle n’a pas eu l’opportunité d’aller à l’école et c’est une fois adulte qu’elle commence à se politiser, prenant part aux discussions politiques entre les hommes de sa famille.  Elle veut dénoncer les crimes commis par les militaires guatémaltèques et les violations des droits humains qu’ils ont perpétrées. Durant la guerre civile, des villages entiers furent rasés, les maisons étaient brûlées, les récoltes se retrouvaient totalement détruites. L’armée dressait de longues listes de noms de jeunes veuves mayas, qui devaient rejoindre les camps des militaires. Ces femmes devenaient de véritables esclaves, devant faire la cuisine pour les soldats, laver leurs vêtements tout en subissant aussi de nombreux viols.

Ne sachant ni lire ni écrire, elle dicte, à partir d’entretiens, son ouvrage à Elizabeth Burgos, une auteure vénézuélienne qui prendra le temps de rédiger ce que Rigoberta Menchú a sur le cœur.

Malgré le manque d’opportunité et les difficultés à se faire reconnaitre personnellement, Rigoberta Menchú a dévoué sa vie à faire entendre les peuples Mayas du Guatemala. En  février 2007, elle fonde le parti politique WINAQ qui regroupe l’ensemble des mouvements Mayas de son pays. WINAQ vient de la langue K’iche et signifie “le peuple”. Elle se présente à l’élection présidentielle du mois de septembre de la même année. Cependant, elle se retrouve éliminée dès le premier tour ne recueillant que 3% des suffrages…

Rigoberta Menchú est aujourd’hui une figure exemplaire pour de nombreuses femmes Mayas au Guatemala. Différentes photos avec ses citations les plus connues sont d’ailleurs affichées sur les murs de Wuqu’Kawoq. La vie de cette femme offre une perspective poignante des difficultés concrètes auxquelles les communautés indigènes font face quotidiennement. A l’intersection entre luttes féministes et combats pour la reconnaissance des droits de populations indigènes, Rigoberta Menchú est devenue l’incarnation du militantisme en Amérique Centrale, et au-delà des frontières…

 

* La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, tant qu’il y aura la pauvreté, le racisme, la discrimination et l’exclusion, nous pourrons difficilement atteindre un monde de paix.