Après avoir visité les communautés, vu comment fonctionnait l’ONG Wuqu’Kawoq et interviewé une petite dizaine de personnes, il nous reste à visiter l’hôpital de Tecpán afin de compléter le contenu de notre futur documentaire. Evidemment, nous pourrions rester ici encore des mois, tant il y a de choses à apprendre et de personnes à rencontrer… (Ce constat est relativement frustrant.)

Nous voilà donc en route pour l’hôpital de la ville de Tecpán. Nous prenons un tuc-tuc – taxi local, rapide et peu cher – pour nous y rendre, car les bus ne circulent pas aujourd’hui à cause du marché. Il nous faut une petite dizaine de minutes, rythmées par les klaxons endiablés des tuc-tucs, pour arriver à l’hôpital de Tecpán.

Nous avons rendez-vous avec la responsable de l’établissement, qui semble très occupée. Elle fait appel à une des auxiliaires médicales, qui nous emmène visiter les locaux. L’hôpital est grand et divisé en plusieurs bâtiments, qui correspondent chacun à un service particulier. Nous commençons la visite par le service des urgences. Des lits sont disposés dans le fond de la pièce et séparés par de pâles et épais rideaux, installés pour assurer l’intimité de chaque patient. Entre les lits, des tables en acier sont disposées et sont recouvertes de produits, de médicaments et d’instruments médicaux en tous genres. Le service d’urgence est prévu pour accueillir 40 personnes. Aujourd’hui, un seul homme se trouve dans le service des urgences, accompagné de sa femme. L’hôpital est presque désert, ce qui renforce un certain sentiment de malaise. L’auxiliaire médicale nous explique que c’est à cause du marché et que les gens viendront plus tard dans la journée. La vie est Tecpán est rythmée par les évènements collectifs, et même l’hôpital vit ou non en fonction de telles dynamiques ! Dans la salle d’urgence, les murs sont tapissés d’affiches réalisées par le gouvernement national et le département de Chimaltenango : prévention du cancer du col de l’utérus, lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, dénonciation des cas de harcèlements sexuels et de violences sexistes, …

Nous poursuivons la visite par une salle d’opération immense, mais elle aussi déserte. Le matériel est nettoyé, débranché et rangé. La table d’opération n’a pas été utilisée depuis des mois. En fait, notre guide de la journée nous explique que cette salle ne sert plus et que les chirurgiens ne travaillent plus dans cet hôpital, à cause du manque de financements. Désormais, s’il y a des opérations à faire, les patients doivent se rendre à l’hôpital le plus proche, situé à deux heures de là, dans la ville de Chimaltenango. Nous poursuivons par les chambres attenant au service opératoire. Elles aussi, sont vides. Les lits sont alignés les uns après les autres, sans que l’on puisse détecter une once de vie. Soudain, le silence de l’hôpital se brise, les pleurs et les cris d’une femme traversent le couloir. « Elle va accoucher ! », nous dit l’auxiliaire médicale. L’hôpital dispose d’un service de maternité qui accueille deux ou trois femmes par jour en moyenne.

Nous continuons la visite par le service de gynécologie et de médecine générale, où de nombreuses femmes et leurs enfants attendent dans une immense salle d’attente. La plupart de ces femmes sont en tenue traditionnelle maya. Une télévision dans le fond de la pièce est allumée, les images grésillantes d’un dessin-animé occupent les enfants. L’auxiliaire médicale nous indique que tous les services de santé dispensés par les services publics sont gratuits au Guatemala. Toutefois, la langue qui y est parlée en majorité est l’espagnol…

Nous nous rendons ensuite dans un service un peu plus éloigné. Les murs de l’extérieur sont couverts d’une fresque avec des personnages de Walt-Disney. Les images d’un monde fantasmé, celui des dessins-animés, couvrent une réalité toute autre. Nous entrons à présent dans le centre pour les enfants en dénutrition. Le Guatemala est un des pays avec le plus fort taux de malnutrition infantile. Les infirmières s’occupent de 4 enfants qui sont ici depuis plus d’un mois : après avoir passé 10 jours dans le service d’urgence suite à des dénutritions sévères, ils resteront encore plusieurs semaines en salle de repos. Deux enfants sont accompagnés de leur maman. L’une d’entre elles profite de la sieste de sa fille d’un an pour broder un tissu de fleurs multicolores. La seconde joue avec son jeune garçon, qui déborde d’énergie et fait des aller-retours dans le couloir en courant et se cachant. Quant aux deux autres enfants, les mamans ne sont pas à l’hôpital avec eux. Marco, un jeune garçon d’un an et demi, est atteint de microcéphalie et se repose, seul, dans un lit. Les infirmières nous expliquent que sa maman n’est plus autorisée à le voir, et que les juges décideront dans quelques mois ce qu’il adviendra du petit garçon. Quant au second bébé, atteint de dénutrition sévère, sa maman vient le voir de temps en temps, mais elle vit dans une communauté très éloignée et doit s’occuper de ses autres enfants. Cette dernière visite est particulièrement difficile. La malnutrition est une conséquence directe de la pauvreté qui met en péril la vie de milliers d’enfants au Guatemala, et ailleurs…

Il est temps de reprendre le chemin en direction du bureau de Wuqu’Kawoq. Nous y restons l’après-midi, bien occupées par le montage des vidéos et l’écriture de nos articles…