Ce matin, nous retournons à l’office de Wuqu’Kawoq pour écrire la narration – voix off- de notre documentaire.

Vers quatorze heures, alors que nos ventres commencent à gronder, nous nous dirigeons en direction du marché couvert de Tecpán, afin de trouver le restaurant « El buen gusto »* de notre chère Esperanza. Au menu ce midi, des « chiles rellenos », des piments farcis au porc, accompagnés de riz et de tortillas, pour seulement 40 quetzales, l’équivalent de 5 euros en tout !  Nous profitons de nous retrouver au cœur du marché couvert pour filmer Esperanza et ses collègues en cuisine ainsi que l’animation des vendeurs des différents stands de fruits et de légumes, de viandes et de poissons.

En fin d’après-midi, nous avons la chance de rencontrer en chair et en os Anne Kraemer Diaz, la co-fondatrice de l’association Wuqu’Kawoq avec qui nous avions échangé via Skype tout au long de cette année pour mettre en place notre partenariat. Anne est une femme brillante et notre échange fut des plus enrichissants. Anthropologue de formation, elle a beaucoup étudié l’action des ONG portant un regard très critique sur les conséquences de leur travail. Puis, elle nous confie qu’elle s’est rendue compte que l’action des organisations non gouvernementales était nécessaire pour changer la situation actuelle des populations indigènes au Guatemala, au vu du manque de prise de responsabilité de l’Etat guatémaltèque. Elle a donc travaillé à la création d’une ONG qui tend à s’éloigner des modèles traditionnels, en valorisant une approche conscientisante et un ancrage local afin de ne pas reproduire les rapports de domination, sources d’oppression des peuples indigènes.

Selon Anne, l’enjeu majeur auquel est confrontée l’association Wuqu’Kawoq est d’éviter les écueils d’une action universalisante qui pourrait violer les codes culturels des populations mayas et reproduire les rapports de domination tels qu’ils existent dans les programmes actuels d’accès à la santé. Il s’agit de rendre les populations indigènes capables de faire valoir leurs propres droits dans un objectif non pas de développement mais d’autonomisation. L’ONG souhaite éviter les approches misérabilistes qui tendent à fragiliser le pouvoir symbolique et l’action collective des populations indigènes.

Nous apprenons beaucoup à l’écoute de son discours très consciencieux de toujours agir de manière juste. Nous rentrons encore une fois impressionnées par tant de volonté et d’énergie dégagée par cette femme.