En ce mercredi 5 juillet, nous nous rendons jusque Paquip, un village appartenant à la municipalité de Tecpán. Après plus d’une heure à sillonner les routes, puis les pistes, qui scindent les montagnes, nous arrivons au «Centro de Salud», le centre de santé municipal. Ce dernier est un bâtiment public qui regroupe quelques médecins, une pharmacie et différents cabinets.

Nous pénétrons l’enceinte dont les murs sont d’une pâleur commune à celle de nombreux hôpitaux. Nous avançons jusqu’à la salle centrale où une trentaine de femmes, pour la plupart Maya (au vu de leurs vêtements traditionnels), sont assises et attendent patiemment leur rendez-vous. Nous sommes surprises de ne voir que des femmes seules ou accompagnées de leurs enfants, dans un centre de santé mixte.

Nous rejoignons alors Sandy, l’infirmière de Wuqu’Kawoq que nous avons interviewée hier. Elle vient une fois par mois dans le centre de santé de Paquip pour animer le planning familial. Le reste du temps, elle sillonne les routes de la région pour réaliser cette mission dans différents villages. Sandy est âgée de 25 ans, elle nous explique qu’elle a choisi ce métier pour améliorer l’accès à la santé des membres de sa communauté, et en particulier celui des femmes. Elle aussi définit son identité comme « Maya Kaqchikel ».

Tout au long de la matinée, les rendez-vous se succèdent, sans aucun instant de répit pour la jeune infirmière dont l’optimisme et la patiente se mêlent pour accueillir au mieux ses patientes. Elle nous explique qu’elle travaille principalement sur deux aspects de la santé des femmes dans le cadre du planning familial. Le premier est la prévention et la détection de certaines maladies, notamment le cancer du col de l’utérus qui est l’un des cancers les plus meurtriers chez les femmes guatémaltèques en raison de leurs nombreuses grossesses. La seconde est la sensibilisation à l’utilisation de moyens de contraception, dont les plus fréquents au Guatemala sont l’injection, l’implant, le stérilet puis la pilule. Elle nous explique d’ailleurs qui si nous voyons principalement que des femmes dans le centre de santé, c’est que bien souvent les maris et familles ne sont pas au courant que ces dernières utilisent des moyens de contraception : « ellas tienen que esconderse » (elles doivent se cacher).

Ce ne sont pas moins d’une douzaine de patientes que Sandy, assistée par une seconde infirmière de Wuqu’Kawoq, a reçu, écouté et conseillé durant cette matinée. Tout cela se fait gratuitement, afin de donner à chacune la possibilité de venir au centre et de voir ses droits respectés (accès à la santé et à la contreception). Nous avons assisté à quelques consultations dans cette pièce meublée par un lit, un bureau et un comptoir sur lequel Sandy a installé les quelques éléments de matériel médical dont elle a besoin.

La première personne qui entre dans le bureau est une femme âgée de 21 ans. Comme beaucoup de femmes ici, elle porte son bébé sur son dos grâce à un large et épais tissu coloré. La consultation se fait en Kaqchikel, comme l’ensemble de celles qui suivront. La patiente vient dans le cadre d’une visite de suivi, après la pose d’un implant il y a 7 semaines. Sandy touche son bras, vérifie que l’implant n’a pas bougé et lui donne aussi les résultats du test du Papanicolaou – visant à détecter la présence du cancer du col de l’utérus. Tout va bien pour cette patiente, qui nous confie venir au centre sans que personne de son entourage ne le sache.

La seconde patiente est âgée d’une trentaine d’années et nous explique, en espagnol, qu’elle vient pour se faire retirer son implant contraceptif à cause des effets secondaires qu’il lui provoque. La conversation reprend ensuite en Kaqchikel. Sandy et la patiente se lèvent, et se dirigent vers le lit, couvert par un tissu blanc et éclairé par la lumière d’une fenêtre. Un rideau pâle assure l’intimité des lieux. Après avoir injecté un anesthésiant dans le bras de sa patiente, Sandy commence l’opération. Le scalpel ouvre la peau de la jeune femme sur plus de cinq centimètres pendant presque vingt minutes, pour enfin arriver à sortir l’implant contraceptif.

La troisième patiente que nous voyons vient pour se faire prescrire la pilule, un moyen de contraception peu utilisé au Guatemala – notamment car il est contraignant. Elle a 16 ans et vient au planning familial sans que ses parents ne le sachent. Sandy prend le temps nécessaire pour lui expliquer en détails comment la pilule fonctionne et les effets qu’elle aura sur son corps. Nous admirons cette jeune infirmière de 25 ans, si dévouée à ses convictions.

La dernière femme qui entre dans la pièce est âgée de 26 ans, elle est accompagnée de son mari qui reste à l’extérieur afin de prendre soin de leur bébé le temps de la consultation. C’est le premier couple que nous voyons dans le centre de santé. C’est la première femme que nous rencontrons qui vient sans le cacher à son mari. A l’aide d’une large aiguille, Sandy lui pose un implant contraceptif sous la peau du bras droit.

Nous voilà de retour à Tecpán, afin de réaliser notre dernière interview de la journée avec Michel, médecin au sein de Wuqu’Kawoq. Ils sont seulement 3 hommes à travailler pour l’organisation et Michel nous confie son admiration pour le travail réalisé par les femmes de Wuqu’Kawoq.

* Célébrons un futur en bonne santé!