Réveil aux aurores pour notre deuxième jour auprès des communautés Mayas, avec une infirmière de Wuqu’Kawoq. Ces villages sont bien plus isolés que les premiers dans lesquels nous nous étions rendues: plus d’une heure de route à travers les montagnes, sur les chemins étroits, ensablés et caillouteux. Pour l’occasion, nous ne sommes pas moins de 9 dans une voiture pouvant contenir 5 individus. Les virages et le dénivelé du trajet nous plonge dans un état second et nauséeux dont nous ne nous extirperons qu’en fin de journée.

Le programme que nous observons aujourd’hui se rapporte à la « Salud Móvil » qui utilise la technologie (et plus particulièrement le smartphone) au service de la santé. Nous suivons une « comadrona », une sage-femme locale vivant elle-même dans ces communautés reculées, dans ses trois visites de la journée. Le rôle de la comadrona est de vérifier, à l’aide d’appareils technologiques divers, que le bébé est en bonne santé. Pour cela, la comadrona place un téléphone sur le ventre de la future maman et le relie à des haut-parleurs. On peut alors entendre les battements du coeur du bébé. L’application utilisée est en Kaqchikel. En début de séance, la comadrona pose un ensemble de questions de sorte à remplir la fiche médicale de la patiente sur son application. Elle lui demande notamment combien de grossesses elle a vécu, de combien d’enfants elle est mère, quel est son âge, si elle déjà allée à l’hôpital, si elle a connu des complications de santé au cours de sa vie, si elle est diabétique, etc. La question de la contraception n’est pas posée car il est délicat d’aborder ce sujet, nous révèle l’infirmière de Wuqu’Kawoq. De plus, la comadrona que nous suivons est elle-même très religieuse. Elle est mère de « 11 enfants et d’un enfant mort-né », et le sujet de la contraception n’est pas abordé de la matinée. L’ensemble des informations recueillies est enregistrée par la comadrona sur l’application de suivi des femmes enceintes créée par Wuqu’Kawoq.

« Chaque cas est unique » nous explique la comadrona. Notre matinée nous le confirme rapidement.

La première femme a 41 ans. La marque brune ciselant son ventre est la séquelle d’une césarienne passée. Les femmes Mayas Kaqchikel ne se rendent à l’hôpital qu’en cas de problème grave car les médecins n’y parlent pas leur langue et qu’elles ont souvent peur de ce genre d’endroits. La plupart du temps, elles accouchent chez elle avec l’aide de la comadrona. La césarienne de cette femme semble concentrer en elle une histoire particulière qui nous laisse entrevoir les complications auxquelles elle a dû faire face. Grâce à l’application contenue dans son téléphone, la comadrona peut en connaitre les ressorts.

La deuxième a 14 ans. Elle est enceinte de sept mois et est heureuse de donner naissance à son premier enfant. Son « esposo », avec lequel elle n’est pas mariée car elle n’a pas l’âge légal, est un garçon de 18 ans vivant dans une communauté voisine. Les livres qui jonchent le sol et les pancartes scotchées aux murs nous apprennent que la jeune fille étudie « le langage et la communication » et apprend l’anglais.

La dernière future maman est une femme d’une trentaine d’année. Pour cette visite, aucun téléphone ne sera utilisé, la jeune femme préfère la médecine traditionnelle encore pratiquée dans certaines communautés Mayas. La femme enceinte et la comadrona se rencontrent dans une sorte de sauna, appelé le Temascal. Elles s’y déshabillent toutes deux et la comadrona masse le corps de la femme enceinte. Après cela, elles se lavent et se passent sur le corps un bouquet d’herbes sacrées. La comadrona nous explique que cette méthode, depuis longtemps utilisée par les communautés Mayas, permet un développement optimal du bébé et que la chaleur contenue dans le Temascal ainsi que les massages prodigués à la future maman sont autant de facteurs qui garantiront un meilleur accouchement.

Nous finissons cette journée par un entretien filmé avec la comadrona, qui nous raconte avec une grande sensibilité son histoire et sa passion pour son métier. Elle en profite pour allumer un brasier d’aiguilles de pins au pied de l’autel religieux qui, à lui seul, meuble la pièce, grande et sombre, dans laquelle nous réalisons presqu’une heure d’entretien.