Aujourd’hui, nous partons pour la première fois dans les communautés Mayas les plus éloignées avec Maye, une infirmière de l’ONG. Nous quittons le bureau de Wuqu’Kawoq à 7h30 pour prendre la direction de Panavajal. Nous nous éloignons rapidement des routes goudronnées pour emprunter des chemins rocailleux et constamment redessinés par les pluies. La voiture avale le dénivelé, lorsque nous arrivons au sommet d’une des montagnes qui composent les alentours de Tecpán.  À l’horizon, trois volcans se dressent tandis que la verdure des champs cultivés tapisse le premier plan. Difficiles d’accès et isolés, les villages sont éparpillés le long de notre route.

Alors qu’elle a l’habitude de faire ce chemin en bus puis de continuer à pieds, Maye guide le chauffeur de notre voiture vers la maison de la première patiente de la journée. Elle est infirmière à Wuqu’Kawoq depuis moins d’un an, dans le cadre du programme de Salud Movíl. Celui-ci a permis de mettre en place une application pour les téléphones utilisée par les infirmières des communautés locales, afin qu’elles puissent faire appel à Wuqu’Kawoq en cas d’urgence. Dans le cadre de ce programme, Maye assure le suivi de patientes des communautés Mayas qui sont enceintes ou viennent d’accoucher.

Usted no debe tener que elegir entre su cultura y su salud.

La première patiente s’appelle Leticia M. et est âgée de 23 ans. Nous la rencontrons assise sur son lit, là où elle a accouché il y a 24 jours d’un petit garçon qui n’a pas encore de prénom. Maye fait sa consultation en Kaqchikel, lui prend sa pression, puis s’occupe du bébé. Nous sommes admiratives de la douceur que Maye dégage, prenant le temps d’expliquer à la jeune maman le programme d’aide à la santé de Wuqu-Kawoq et d’écouter chacun de ses besoins.

Maye demande à toutes ses patientes de noter sur une échelle de 1 à 5 – symbolisée par des visages contents et mécontents- la qualité des services de santé dispensés par les pouvoirs publics.  Les notes n’atteignent pas plus de 2/5 : l’argument principal est l’impossibilité pour ces femmes d’être comprises et écoutées car elles ont souvent pour langue principale le Kaqchikel et se déplacent très rarement en ville.

Nous avons rencontré des difficultés pour justifier notre présence auprès de la deuxième famille, notamment car le mari de la patiente nous qualifie dès notre arrivée de « gringos » au vu de notre couleur de peau. La patiente, âgée de 28 ans, s’apprête à donner naissance à son sixième enfant. Une fois sorties de l’habitation qui était l’une des plus isolées, Maye nous explique qu’elle a trouvé la consultation difficile à cause de la présence du mari, appuyé sur la table qui meuble la chambre commune des parents et des enfants tout au long de l’intervention. Sans mâcher ses mots, Maye nous explique qu’ « ici, les hommes décident souvent pour les femmes ».

Nous nous rendons ensuite chez une troisième patiente, qui vit dans une habitation moins rudimentaire. La présence de fenêtres et le volume de la pièce sont autant d’indices qui nous permettent de faire ce dernier constat. Comme dans les autres maisons, les symboles religieux sont les seules décorations de la chambre. Nous rencontrons Maria V., qui a accouché il y a deux jours seulement de son second enfant. Elle est accompagnée de sa sœur ainée, et de leurs enfants. Ces derniers s’amusent devant nous et nos caméras. La consultation, encore menée en Kaqchikel, est animée par les rires des mères et enfants, alors que les pères prennent une pause rapide pour le déjeuner avant de retourner travailler dans les champs.

Pour la dernière consultation, nous empruntons à pied un chemin sinueux qui mène jusqu’à l’habitation d’une jeune femme et sa mère, âgée de 16 ans de plus. Dans une chambre meublée par un lit, une armoire et une croix, Maye réalise son dernier examen de la journée. La jeune femme attend un bébé pour la mi-Août.

Nous rentrons, épuisées par la journée mais inspirées par le travail et l’énergie que Maye, âgée de 25 ans, dédie chaque jour aux communautés les plus marginalisées.

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