Nous sommes de mariage aujourd’hui! Pour l’occasion, nous avons revêtu nos plus beaux t-shirts Mayas, fraichement achetés du marché, le matin même.
Esperanza nous donne rendez-vous à 10h pour célébrer de l’union de Cristina et Estuardo. Après deux heures de cérémonie dans la grande Eglise catholique de Tecpán, nous en sortons pour prendre la route du banquet. Cette cérémonie est l’occasion pour nous de réaliser à quel point la religion tient une place importante dans la vie des Guatémaltèques. « Dieu » est remercié dans chaque discours : « El matrimonio es un regalo de Dios ». A Tecpán, la quasi-totalité de la population est catholique ou évangélique.

L’union de Cristina et Estuardo… et leurs familles

Sur le terrain de basket d’une des écoles primaires de Tecpán, une quarantaine de tables disposées en extérieur attendent leurs invités. Sur la droite, deux porcs entiers, écartelés sur leurs grilles rotatives, rôtissent sagement. Sur la gauche, un groupe de musique enflamme la zone encore vide, dont le sol est tapissé d’aiguilles de pin.

Les tables se remplissent petit à petit, d’abord de ses invités, puis de nourriture. Au menu : porc, riz, macédoine et galettes de maïs. Le tout est délicieux. Esperanza nous raconte que le maïs est le premier aliment des communautés Mayas « depuis la nuit des temps ».
Nous retenons l’accueil et la bienveillance qu’ont manifestés tous les invités à notre égard. Ils n’ont pas été avares de sourires, et nous avons su les leur rendre ! Les enfants s’agitent, jouent et courent aux quatre coins du terrain de basket. Ils sont nombreux, comme un reflet des dynamiques démographiques du pays.

Nous avons toutes les quatre été vraiment touchées par le respect et l’affection qui se sont dégagés tout au long de ce mariage. Cela nous a donné l’impression que le cercle familial – bien plus élargi que celui auquel nous sommes habituées – tient une place première dans la vie quotidienne des personnes avec qui nous avons passé la journée. Estuardo, étudiant de 25 ans, remercie en pleurs ses parents, ses grands-parents, ses frères et sœurs, ses oncles et tantes, ses cousins et cousines, et ses ami.e.s d’être présent.e.s. La liste est longue, les émotions n’en sont que décuplées. Quant à Cristina, jeune professeure de Kaqchikel** de 23 ans, elle semble incarner l’héritage de la culture Maya en remerciant chacun.e de ses proches dans cette langue.

Est venue l’heure d’ouvrir les cadeaux… Ou devrions-nous dire les heures au vu de leur nombre pharaonique ? Tasses, casseroles, assiettes, plateaux, verres, couvertures, vêtements pour bébés, signes religieux, et d’autres encore qui nous donnent certains indices pour imaginer la future vie des deux époux. Esperanza nous explique qu’au Guatemala les mariages se font très tôt dans la vie des jeunes femmes. Pour la petite anecdote, lorsque nous donnons notre âge, on nous demande souvent si nous sommes mariées.

La cérémonie se termine par une mise en scène symbolique : la famille de la mariée lui coupe son voile blanc, signe de pureté et de protection, pour ensuite la confier à l’homme devenu son mari. La mère de Estuardo lui offre alors un tablier, un gilet en laine et une étole traditionnelle. Esperanza nous explique que nous assistons à l’union de familles très conservatrices et que de tels rituels ne sont pas la norme dans toutes les mariages guatémaltèques.

Aujourd’hui, la saison des pluies a épargné les époux et la nuit efface les derniers rayons d’un soleil qui se fait rare. Tecpán retrouve peu à peu son calme nocturne. Il est déjà l’heure pour nous de rentrer…

 

* Le mariage est un cadeau de Dieu

** le Kaqchikel est l’une des 23 langues parlées par les Mayas au Guatemala. Elle est la principale utilisée dans la communauté de Tecpán.